Microsoft, taux et rotation : les marchés font le tri

Les décisions des banques centrales et les résultats trimestriels ont dominé une semaine particulièrement chargée. La Banque du Canada a relevé son taux directeur, tandis que la Réserve fédérale a maintenu les siens dans un contexte d’inflation persistante. En Bourse, les publications de Microsoft, Alphabet, Amazon et Intel ont accentué les écarts entre les entreprises technologiques. Le recul des grands indices masque toutefois une meilleure résistance ailleurs. Dans cet environnement plus sélectif, nous avons acheté Microsoft après ses résultats. Voici les éléments qui permettent de comprendre ce choix et les principaux développements à retenir.

Sous la loupe

Microsoft (MSFT)

Nous avons acheté Microsoft après la publication de ses résultats trimestriels. Cette décision intervient alors que les investisseurs examinent plus attentivement la capacité des entreprises à transformer leurs investissements en intelligence artificielle en revenus, en bénéfices et en liquidités.

Pour son premier trimestre de l’exercice 2027, terminé le 30 septembre, Microsoft a annoncé :

  • Revenus : 92,3 G$ US, en hausse de 19 %.
  • Bénéfice d’exploitation : 45,9 G$ US, en hausse de 21 %.
  • Bénéfice ajusté par action : 4,89 $ US, en hausse de 18 %, excluant les effets des investissements dans OpenAI.
  • Revenus de Microsoft Cloud : 63,9 G$ US, en hausse de 30 %.
  • Croissance d’Azure : 48 %, contre 42 % au trimestre précédent.
  • Croissance des revenus commerciaux de Microsoft 365 dans le nuage : 17 %.
  • Flux de trésorerie disponibles : 18,6 G$ US, après les investissements en immobilisations payés comptant.

Pourquoi acheter après les résultats?

Le premier argument est l’accélération d’Azure. La progression de 48 % confirme une demande soutenue pour les services infonuagiques. La direction prévoit également une croissance de 49 % à 50 % au prochain trimestre, à devises constantes, au-dessus des attentes de 47,6 % rapportées par Reuters. Les perspectives prolongent donc la tendance observée dans les résultats.

Le deuxième argument est la rentabilité. Le bénéfice d’exploitation progresse plus rapidement que les revenus et la marge d’exploitation atteint près de 50 %. Microsoft démontre ainsi que son expansion se reflète dans les profits, même dans une période d’investissements considérables.

Le troisième argument est la génération de liquidités. Les flux disponibles de 18,6 G$ US dépassent largement les attentes de 8,54 G$ US rapportées par Reuters. Cette capacité donne à Microsoft une marge de manœuvre pour financer son développement à partir de ses activités, tout en conservant la possibilité de recourir à du financement externe.

Acheter après la publication permet d’évaluer ces éléments sur la base de résultats connus et de perspectives actualisées. Cela réduit l’incertitude entourant l’annonce trimestrielle, sans éliminer le risque de marché. À environ 27 fois les bénéfices des douze derniers mois vendredi matin, la valorisation exige néanmoins que la croissance se poursuive.

Les risques demeurent importants. Les investissements ont atteint 45,2 G$ US, un montant en partie limité par des livraisons de capacités reportées. La direction prévoit plus de 50 G$ US au prochain trimestre. Les flux disponibles ont aussi diminué sur un an. Leur évolution devra donc être suivie lorsque ces dépenses s’accéléreront.

L’intérêt de Microsoft réside dans cette combinaison de croissance confirmée, de rentabilité et de liquidités. La baisse du secteur peut continuer d’influencer son cours à court terme. Notre approche d’investissement, qui combine les analyses quantitative, fondamentale et technique, permet d’évaluer le titre dans ce contexte plus large.

Thème de la semaine

Les taux et les résultats imposent un marché plus sélectif

La semaine a relié deux enjeux : les coûts de financement demeurent élevés et les entreprises doivent démontrer que leurs investissements produisent des résultats. La croissance des revenus conserve son importance, mais les marges et les liquidités occupent davantage de place dans l’analyse.

Banque du Canada : une hausse malgré une croissance inégale

Mercredi, la Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base, à 2,50 %. Elle cherche à réduire le risque que les prix élevés de l’énergie se propagent aux autres biens et services.

La Banque prévoit une inflation autour de 3 % pendant une grande partie de 2027, puis un retour près de 2 % au milieu de 2028. Les coûts du carburant, du transport et de certains intrants pourraient être davantage transmis aux consommateurs. Elle indique que d’autres hausses pourraient être nécessaires, tout en privilégiant une approche prudente.

Les données publiées vendredi rappellent toutefois la fragilité de l’activité canadienne. Le PIB est demeuré essentiellement inchangé en août, pour un deuxième mois consécutif. L’estimation préliminaire indique un recul de 0,1 % en septembre. La Banque doit donc composer avec des pressions sur les prix et une croissance inégale, une combinaison qui entretient l’incertitude entourant les coûts d’emprunt.

Fed : une pause qui laisse le débat ouvert

La Réserve fédérale a maintenu son taux directeur dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. Deux membres ont toutefois préféré une hausse de 25 points de base. Le maintien des taux ne signifie donc pas que les préoccupations inflationnistes ont disparu.

Les données américaines illustrent cette tension. Le PIB a progressé de 3,4 % en rythme annualisé au troisième trimestre, après 2,2 % au deuxième. En septembre, l’inflation PCE atteignait 3,6 % sur un an et 3,1 % en excluant les aliments et l’énergie. Les coûts de rémunération ont augmenté de 0,8 % au troisième trimestre, légèrement moins que les 0,9 % du trimestre précédent.

L’économie continue donc de soutenir les perspectives des entreprises, mais l’inflation limite la marge de manœuvre de la Fed. À l’international, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon ont également maintenu leurs taux cette semaine.

Technologie : la croissance ne suffit plus à elle seule

Alphabet a enregistré une hausse de 25 % de ses revenus, à 127,6 G$ US, tandis que les revenus de Google Cloud ont plus que doublé. Malgré cette progression, les investissements ont dépassé les liquidités générées par les activités, entraînant des flux disponibles négatifs de 9,1 G$ US au trimestre. Le titre a perdu plus de 12 % jeudi.

Chez Amazon, AWS a progressé d’environ 39 %, à 46 G$ US. Le groupe a toutefois présenté des flux disponibles négatifs de 42,4 G$ US sur douze mois et maintenu un programme d’investissements d’environ 220 G$ US pour 2026. La période de mesure diffère de celle de Microsoft et d’Alphabet, mais l’enjeu commun demeure le financement de l’expansion.

Intel rappelle que de bons résultats passés ne protègent pas nécessairement un titre. Ses revenus trimestriels ont augmenté de 21 %, à 16,5 G$ US, mais ses prévisions de revenus de 15 à 16 G$ US pour le trimestre suivant ont déçu. La faiblesse du marché des ordinateurs personnels s’ajoute aux préoccupations du secteur.

Les projets d’infrastructure se poursuivent néanmoins, comme le montrent les développements annoncés mardi dans le partenariat entre AMD et Meta. À notre lecture, les investisseurs cherchent surtout à mieux distinguer la demande technologique, les dépenses nécessaires pour y répondre et les liquidités qui pourront en découler.

Une rotation qui dépasse la technologie

Jeudi, une majorité des titres du S&P 500 a progressé malgré le recul de l’indice. Vendredi matin, les grandes valeurs technologiques demeurent sous pression, tandis que plusieurs entreprises d’autres secteurs résistent mieux. Le poids des grandes capitalisations amplifie ainsi les pertes des indices traditionnels.

Les résultats hors technologie apportent des points de repère :

  • Mastercard a augmenté ses revenus de 14 %.
  • PACCAR, présenté dans notre édition précédente, a enregistré une hausse de 19 % de ses revenus et de 44 % de son bénéfice net.
  • Caterpillar a accru ses revenus de 17 %, mais a néanmoins déçu les attentes du marché.
  • Eli Lilly a relevé ses prévisions annuelles après une croissance de 39 % de ses revenus, principalement soutenue par Mounjaro et Zepbound.
  • ExxonMobil et Chevron ont bénéficié de la vigueur du raffinage.

Le pétrole reste également une source de volatilité, au gré des tensions et des perspectives de discussions au Moyen-Orient. Comme nous l’avons expliqué dans notre analyse sur le pétrole, l’inflation et les taux, des prix énergétiques élevés peuvent soutenir certains producteurs tout en augmentant les coûts d’autres entreprises.

Cette semaine rappelle ainsi l’importance d’examiner les sources de croissance, les attentes déjà intégrées dans les cours et la capacité de chaque entreprise à préserver ses marges.

Sommaire des marchés

Après une progression en début de semaine, les marchés américains ont perdu de leur élan jeudi et vendredi. Après l’ouverture vendredi, le S&P 500 reculait d’environ 1,2 %, le Nasdaq de plus de 2 % et le Dow Jones plus modestement. Le S&P/TSX cédait également du terrain.

Ces mouvements ramenaient le S&P 500 et le TSX près de l’équilibre sur la semaine, tandis que le Nasdaq et le Dow étaient négatifs. Intel affichait l’un des replis les plus marqués, alors qu’Eli Lilly poursuivait sa hausse. Les rendements obligataires américains étaient également inférieurs à ceux du vendredi précédent.

Les marchés en chiffres

Variations hebdomadaires au 30 octobre 2026

Variations depuis la clôture du vendredi précédent jusqu’aux relevés intrajournaliers de vendredi matin.

Marché ou indicateurVariation hebdomadaire
S&P 500+0,01 %
Nasdaq Composite−1,36 %
Dow Jones−0,11 %
S&P/TSX+0,08 %
Pétrole Brent+0,72 %
Pétrole WTI+0,58 %
Taux 10 ans US−5,0 pdb
CAD USD+0,25 %

Sommaire des titres

Variations de la séance de vendredi, relevées après l’ouverture.

Microsoft (MSFT) : −1,53 %
Le titre recule avec les grandes valeurs technologiques. L’accélération d’Azure et les flux disponibles positifs demeurent des éléments distinctifs de ses résultats.

Alphabet (GOOGL) : −1,44 %
Le titre poursuit son recul après la forte baisse de jeudi. La croissance du nuage s’accompagne d’investissements considérables et de flux disponibles négatifs au trimestre.

Amazon (AMZN) : −2,99 %
La forte progression d’AWS coexiste avec des besoins d’investissement élevés et des flux disponibles négatifs sur douze mois.

Intel (INTC) : −28,72 %
Les perspectives du prochain trimestre ont déçu malgré la croissance des revenus trimestriels. La faiblesse du marché des ordinateurs personnels demeure un enjeu important.

Eli Lilly (LLY) : +4,07 %
Le titre poursuit sa progression après ses résultats. La direction prévoit maintenant des revenus annuels de 91 à 92 G$ US.

À suivre la semaine prochaine

Élections, résultats technologiques, budget et emploi

Les élections américaines de mi-mandat du mardi 3 novembre pourraient influencer les attentes en matière de fiscalité, de commerce et de réglementation. Les résultats d’Apple lundi, d’AMD mardi et de Qualcomm mercredi permettront de préciser le portrait de la demande technologique.

Au Canada, le budget fédéral sera déposé jeudi 5 novembre. Vendredi 6 novembre, les rapports sur l’emploi au Canada et aux États-Unis aideront à évaluer la vigueur de l’économie et les perspectives de taux. Le pétrole et les développements au Moyen-Orient resteront également à surveiller.

Pour discuter de votre portefeuille et de vos objectifs dans ce contexte, communiquez avec notre équipe.