Marchés : les résultats au centre de l’attention

Vos portefeuilles en bref

Cette semaine, nous n’avons pas le choix de vous parler du titre de Microsoft. Et pour cause : malgré un trimestre solide, l’action a été pénalisée par des inquiétudes très précises (croissance d’Azure, dépenses en IA, marges, dépendance à OpenAI). Après un trimestre au-dessus des attentes, le titre a reculé à la suite de la publication des résultats.

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Faits marquants en 2025

On parle du trimestre clos le 31 décembre 2025 (FY2026 Q2), publié fin janvier 2026.

• Un trimestre solide

• Revenus : 81,27 G$ (≈ +17 % sur un an)

• EPS: $4.14 (au-dessus des attentes)

• Azure : encore très fort, mais c’est là que le marché a accroché

• Azure : croissance autour de +39 % sur un an.

• Pour le trimestre suivant, Microsoft a guidé 37 %–38 % (devise constante).

Donc oui, c’est une très forte croissance — mais ça n’a pas donné un signal clair de réaccélération.

• IA : bonne traction… mais facture salée

• Copilot: environ 15 millions d’abonnements commerciaux payants.

• En parallèle : investissements massifs en data centers/IA.

• Capex autour de 37,5 G$ sur le trimestre.

Et c’est là que la question revient : combien ça coûte, et quand est-ce que ça se reflète dans la rentabilité ?

• Marges : la nervosité vient surtout de là

Quand tu investis à ce niveau-là, le marché devient ultra-sensible à la trajectoire de marge. Même une petite déception sur la marge attendue, ça se paie.

• Backlog: impressionnant… mais trop concentré aux yeux du marché

• RPO ~625 G$

• La discussion a tourné autour du poids d’OpenAI là-dedans.

Ce n’est pas « mauvais » en soi, mais le marché déteste voir un seul gros moteur dominer la visibilité.

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Pourquoi est-ce une action à surveiller

1. Un modèle récurrent, de calibre entreprise

Microsoft 365 et Azure sont des dépenses « essentielles » dans la majorité des organisations.

2. L’IA est ajoutée là où les clients paient déjà

Copilot dans Microsoft 365, l’IA dans Azure : c’est une stratégie très « monétisable » sans devoir recréer un marché à zéro.

3. Azure demeure le point pivot

La question n’est pas « est-ce que ça croît ? », c’est plutôt : est-ce que ça surprend à la hausse, ou est-ce que ça plafonne ? C’est ça qui fait bouger le titre.

4. Le backlog donne de la visibilité, mais il faut qu’elle soit « propre »

Diversifiée, convertissable, et pas trop dépendante d’un seul client.

5. La correction force une lecture plus disciplinée

Le marché veut des preuves que l’IA va payer, pas juste une promesse.

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Conclusion

Microsoft a livré un bon trimestre. Ce qui a pesé sur le titre, ce n’est pas tant la qualité des résultats que le contexte autour : une croissance d’Azure correcte, mais sans surprise, des investissements en IA qui continuent de monter rapidement et un certain inconfort du marché face à la concentration du carnet de commandes.

Cela dit, nous estimons que Microsoft mérite de garder sa position dans notre portefeuille, malgré la réaction négative à court terme. Le modèle d’affaires demeure très solide : des revenus récurrents, une position dominante en entreprise et une stratégie en intelligence artificielle qui s’intègre directement à des produits déjà bien implantés. La volatilité récente ne remet donc pas en question la thèse.

Dans ce contexte, le repli du titre nous a permis de renforcer la position à des niveaux plus intéressants, tout en conservant la même vision à moyen et long terme. Microsoft a la taille, les moyens et surtout la distribution pour transformer l’IA en croissance durable et, avec le temps, en rentabilité.

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Les marchés en bref

Lundi

S&P 500 : +0,50 % à 6 950,23

Dow Jones : +0,64 % à 49 412,40

Nasdaq : +0,43 % à 23 601,36

S&P/TSX : -0,16 % à 33 093,32

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Dollar canadien

Le huard s’est apprécié légèrement dans un contexte où le dollar américain a été plus hésitant et où les investisseurs ont continué d’ajuster leur positionnement face au risque politique. Le dollar canadien s’est négocié autour de 72,98 cents US, en hausse par rapport à vendredi.

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Analyse macroéconomique

La séance a livré un message clair : les marchés actions ont progressé, mais la demande de protection est restée élevée. En pratique, on a vu un marché capable de soutenir la hausse des indices — surtout grâce aux mégacapitalisations technologiques — tout en augmentant les couvertures via les actifs réels, principalement les métaux précieux.

1. Retour du risque commercial : visibilité en baisse

Le dossier des droits de douane est revenu au centre de l’attention, avec une menace de tarifs très élevés visant le Canada. Même si les marchés n’ont pas paniqué, ce type de signal tend à gruger le sentiment, car il augmente l’incertitude sur les chaînes d’approvisionnement, les marges corporatives et les perspectives de croissance. Pour les portefeuilles, l’enjeu n’est pas seulement l’annonce du jour, mais l’effet cumulatif sur la prime de risque.

2. Risque budgétaire américain : un facteur de volatilité

Les investisseurs ont surveillé les tensions à Washington, alors que le risque d’un nouvel épisode de paralysie budgétaire refaisait surface. Ce genre de scénario peut rapidement créer des frictions : volatilité accrue, arbitrages sectoriels plus rapides et préférence pour les titres de qualité.

3. Fed : pivot stratégique de la semaine

La Réserve fédérale publie sa décision mercredi. Le statu quo sur les taux est largement intégré, mais le marché veut surtout calibrer le moment et les conditions d’un éventuel assouplissement plus tard dans l’année. Dans ce contexte, chaque nuance du discours peut devenir un catalyseur, d’autant plus que l’environnement politique complique la lecture.

4. Données économiques : résilience de l’investissement

Les commandes de biens durables ont surpris positivement, ce qui alimente l’idée que l’économie américaine conserve un socle de demande d’investissement. Pour les marchés, c’est important : plus l’activité tient, plus le scénario « taux élevés plus longtemps » reste crédible — et plus les valorisations doivent être appuyées par une croissance bénéficiaire tangible.

5. Or et argent : un marché qui achète une assurance

L’or a franchi de nouveaux sommets, avec un passage intrajournalier au-dessus de 5 100 $ US l’once, et une clôture autour de 5 082,50 $ US. L’argent a connu une séance encore plus spectaculaire. Sur le plan stratégique, ça ressemble à un marché qui continue de s’exposer à la croissance, mais qui ne veut pas rester exposé sans filet face aux risques politiques, fiscaux et géopolitiques.

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Les titres en bref

• USA Rare Earth (USAR) : +7,87 % — Réévaluation rapide après l’annonce d’un appui fédéral, ce qui a remis le dossier des métaux critiques au centre du jeu.

• GameStop (GME) : +4,44 % — Impulsion tactique alimentée par le repositionnement public de Michael Burry ; titre à volatilité élevée où le flux domine souvent à court terme.

• Cisco (CSCO) : +3,24 % — Appui après une révision favorable d’analystes, sur une thèse de reprise des marchés d’entreprise, leviers liés à l’IA et expansion des marges.

• Apple (AAPL) : +2,97 % — Positionnement en amont des résultats ; le marché remet du poids sur la demande et la discipline des coûts.

• Meta Platforms (META) : +2,06 % — Pré-positionnement avant les résultats, avec un accent sur la monétisation et les investissements en IA.

• Microsoft (MSFT) : +0,93 % — Ton constructif avant les résultats, avec la dynamique IA/nuagique comme levier principal.

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Performance sectorielle

• En soutien : technologie et services de communication (à l’approche d’une vague de résultats), matériaux (portés par les métaux précieux).

• Sous pression : énergie, alors que le pétrole a reculé vers 60,63 $ US le baril, ce qui a limité l’élan du marché canadien malgré la force des titres miniers.

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Mardi

• S&P 500 : +0,41 % (record de clôture à 6 978,60)

• Nasdaq : +0,91 % (à 23 817,10)

• Dow Jones : -0,83 % (à 49 003,41)

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Dollar canadien

Le dollar canadien est demeuré ferme face au billet vert, dans un contexte où le marché continue d’arbitrer entre l’appétit pour le risque (propulsé par la technologie) et les poches de stress sectoriel (santé/assurance).

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La séance a été marquée par un marché à deux vitesses : d’un côté, le S&P 500 a inscrit un nouveau sommet grâce aux mégacapitalisations technologiques, porté par l’anticipation des résultats et, surtout, par les commentaires attendus sur les investissements en IA (dépenses d’exploitation, dépenses d’investissement, capacité à monétiser). De l’autre, le Dow Jones a subi une pression disproportionnée, plombé par la correction brutale de UnitedHealth, qui a contaminé l’ensemble du complexe des assureurs santé.

Les titres provenant du secteur de la santé ont été touchés par la proposition de rehaussement très limité des paiements de Medicare Advantage pour 2027, qui a forcé une réévaluation rapide des hypothèses de croissance des primes et de rentabilité. Quand un secteur est « pricé » pour une normalisation favorable et qu’un signal réglementaire vient casser le narratif, le marché exécute sans nuance : compression de multiples, repositionnement, réduction de risque.

Sur le plan du cycle, l’autre élément clé a été la détérioration marquée de la confiance des consommateurs, au plus bas depuis 2014. Ce type d’indicateur ne déclenche pas automatiquement un virage de marché à court terme, toutefois, il apporte plus d’incertitude sur la trajectoire de la demande, plus de sensibilité aux surprises macro, et davantage d’importance accordée aux orientations des entreprises.

Enfin, le marché est resté en mode gestion d’événement à l’approche de la décision de la Fed (première de l’année). Le scénario central demeure celui d’un statu quo immédiat, mais la valeur ajoutée se situe dans le discours : le calendrier implicite de prochaines baisses et la lecture des risques (inflation, croissance, conditions financières). Bref, le bruit politique (risque de blocage budgétaire, tensions commerciales) continue d’agir comme un facteur d’aspérité, sans pour autant casser l’initiative tant que la croissance des bénéfices tient.

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Les titres en bref

• UnitedHealth (UNH): - ~20 % — choc sectoriel après des indications défavorables sur les paramètres de remboursement ; effet domino sur tout le segment.

• Humana (HUM): -~21 % — forte compression après la proposition sur Medicare Advantage.

• CVS Health (CVS): -~14 % — repli marqué, dans le sillage du mouvement sur les assureurs et gestionnaires de prestations.

• Microsoft (MSFT) : +~2 % — soutien lié au positionnement IA et à l’attente des résultats, avec accent sur la discipline de dépenses et la monétisation.

• Apple (AAPL) : +~1 % — progression avant les résultats ; le marché reste centré sur la stratégie IA et l’exécution côté produits.

• General Motors (GM) : +~9 % — réaction favorable après des résultats solides et un plan de création de valeur (dividende bonifié et rachat d’actions).

• Boeing (BA) : -~3 % — prise de profits et lecture plus mitigée des détails malgré des éléments positifs dans la publication.

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Performance sectorielle

• Technologies/services de communication : en tête — leadership alimenté par l’anticipation des résultats des mégacaps et l’angle « capacité d’exécution en IA ».

• Santé : à la traîne — choc réglementaire perçu comme un frein direct à la croissance et à la rentabilité des assureurs.

• Marché élargi : rotation sélective — préférence pour les franchises capables de livrer des bénéfices visibles et une allocation du capital crédible, dans un environnement où la macro redevient plus exigeante.

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Mercredi

• S&P 500 : 6 978,03 (-0,01 %) — A atteint 7 000 points en séance (7 002,28), puis est revenu près de l’équilibre à la clôture.

• Dow Jones : 49 015,60 (+0,02 %)

• Nasdaq : 23 857,45 (+0,17 %)

• S&P/TSX : 33 176,07 (+0,24 %)

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Dollar canadien

• Dollar canadien : environ 0,736 9 $ US (dans le 73 ¢ US) — en légère hausse vs mardi.

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Analyse macroéconomique

Mercredi, les marchés ont surtout fait ce qu’ils font souvent dans une journée de Fed : ils ont bougé au début, puis ils se sont calmés. Le S&P 500 a brièvement passé le seuil des 7 000 en matinée, mais ce fut de courte durée. En fin de séance, le marché est resté près de l’équilibre. Le Dow légèrement positif, et le Nasdaq un peu mieux.

La Fed a laissé son taux directeur inchangé, dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Le point important, ce n’est pas la décision, c’est le message. On comprend que la banque centrale est à l’aise d’attendre : l’économie, selon elle, roule encore à un rythme correct, le marché du travail ne se détériore pas rapidement, et l’inflation reste assez élevée pour justifier la prudence. Donc on sort d’une logique où les baisses de taux sont « sur la table » à chaque réunion. Pour le marché, ça veut dire que les prochains mouvements vont dépendre davantage des données, et moins d’un scénario déjà écrit d’avance.

C’est exactement ce qui explique la séance. Le début de journée a été plus solide, surtout grâce au bloc techno lié à l’IA et aux semi-conducteurs, mais l’intérêt n’a pas été assez large pour entraîner tout le marché. Au fil des heures, les investisseurs ont préféré réduire le risque et garder leurs positions plus serrées, parce qu’une grosse partie des résultats les plus attendus arrivait après la fermeture. On a donc eu une séance où l’énergie était concentrée dans quelques titres, pendant que le reste du marché attendait.

Un autre élément qui ressort clairement, c’est l’or. Il a monté fortement, ce qui confirme qu’il y a encore une vraie demande pour des actifs de protection. Ce n’est pas incompatible avec des indices près des sommets : ça reflète plutôt un positionnement qui veut rester exposé aux actions, tout en gardant une portion du portefeuille en mode défense.

Au Canada, la séance a été un peu plus constructive. Le TSX a terminé en hausse et le dollar canadien s’est raffermi. Ça s’inscrit bien dans le contexte actuel : quand les matières premières sont mieux orientées et que le ton global n’est pas trop nerveux, le marché canadien tient généralement bien.

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Les titres en bref

• Seagate (STX) : +19 % — gros bond après des résultats solides ; le marché a acheté le message « demande IA = plus de stockage en centres de données ».

• Intel (INTC) : +11 % — hausse alimentée par un regain d’intérêt pour la thèse « production/fonderie » à plus long terme.

• AT&T (T) : +4,7 % — trimestre rassurant et indications correctes ; profil défensif apprécié dans une séance prudente.

• ASML (ASML) : -2 % — malgré un contexte favorable, prise de profits et ajustement de positionnement.

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Banque du Canada : taux directeur maintenu à 2,25 %

La Banque du Canada a maintenu le taux directeur à 2,25 %. Le message est simple : le niveau actuel reste approprié, donc pas de changement immédiat.

Le ton général est à la prudence et à l’exécution disciplinée. L’inflation se situe près de la cible de 2 %, et l’économie montre des signes de ralentissement, avec un marché du travail un peu moins serré. Dans ce contexte, la Banque préfère laisser les effets des décisions passées se transmettre plutôt que d’ajouter du mouvement maintenant.

Le point qui ressort fortement, c’est le niveau d’incertitude. Les politiques commerciales américaines demeurent difficiles à prévoir, et ça complique la planification des entreprises, les chaînes d’approvisionnement et les décisions d’investissement. La révision à venir de l’ACEUM est aussi identifiée comme un risque important pour la trajectoire de l’économie canadienne.

Pour la suite, la Banque ne donne pas de trajectoire. Elle évite de signaler clairement quand viendrait le prochain changement de taux et dans quel sens. Autrement dit, la prochaine étape dépendra de l’évolution des données (inflation, emploi, consommation, croissance). Elle garde donc une posture de flexibilité : si le portrait économique se dégrade ou si l’inflation repart, elle se réserve la capacité d’ajuster rapidement.

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Décision de la Fed, statu quo et message d’indépendance

La Réserve fédérale a gardé le cap en maintenant son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % pour sa première décision de 2026. Après trois baisses totalisant 0,75 point à la fin de 2025, l’institution est clairement en mode pause. Le signal est simple : on ne veut pas relancer l’assouplissement tant que le portrait inflation-croissance n’est pas assez clair.

Le vote montre aussi un comité moins aligné qu’à l’habitude. Deux membres, Stephen Miran et Christopher Waller, ont voté pour une baisse additionnelle de 0,25 point. Ça illustre une tension de fond : d’un côté, ceux qui veulent accélérer la détente pour soutenir l’activité ; de l’autre, ceux qui préfèrent protéger la crédibilité anti-inflation et garder de la marge pour la suite.

Sur le fond, la Fed a cadré son message autour de deux axes. Premièrement, l’économie demeure robuste, donc il n’y a pas d’urgence de stimuler. Deuxièmement, l’inflation reste au-dessus de la cible et le progrès n’est pas assez convaincant pour justifier une séquence de baisses rapide. Jerome Powell a rappelé que l’inflation tournait autour de 2,8 % en novembre et qu’elle aurait probablement accéléré à 2,9 % en décembre. En clair : le comité ne veut pas relâcher trop tôt et risquer de raviver la pression sur les prix.

Côté marché du travail, le ton a été légèrement ajusté. On parle davantage de stabilisation du chômage, avec une lecture plus neutre des risques à court terme. Dans les faits, ça renforce une posture d’attente : la prochaine décision va dépendre des données et de l’évolution des conditions financières, plutôt que d’un calendrier prédéterminé.

L’angle politique a aussi pris plus de place que d’habitude. Powell a insisté sur l’importance de garder la politique monétaire à distance des pressions partisanes, dans un contexte où le président Trump pousse publiquement pour des taux plus bas. Il a aussi défendu l’indépendance de l’institution et sa présence à une audience de la Cour suprême liée à un dossier interne. Message de gouvernance : la Fed protège son autonomie, parce que c’est un actif stratégique. Quand la crédibilité se fissure, ça coûte très cher à rebâtir.

Côté lecture « marché », le statu quo a été digéré sans grande surprise. Le scénario de base devient un calendrier plus tardif : les baisses pourraient revenir plus loin dans l’année, si l’inflation continue de se calmer et si la demande ralentit de façon plus visible.

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Meta dépasse les attentes, et le marché suit, malgré l’addition qui monte pour l’IA

Meta a publié des résultats qui ont clairement rassuré les investisseurs, dans un contexte où le marché ne donne plus beaucoup de marge de manœuvre aux grandes technos. Le groupe a livré un trimestre meilleur que prévu, avec un bénéfice par action de 8,88 $ et des revenus de 59,89 G$, en hausse de 24 % sur un an. La machine publicitaire continue de produire, et c’est ce que le marché voulait voir.

Pour le premier trimestre, Meta a présenté une fourchette de revenus de 53,5 G$ à 56,5 G$, au-dessus de ce que plusieurs avaient dans leurs modèles. C’est ce qui a changé le ton autour du titre. Quand une entreprise de cette taille donne une visibilité plus forte que prévu, le marché est souvent prêt à regarder plus loin que la ligne des dépenses.

La réaction en Bourse a été immédiate. Le titre a avancé de plus de 10 % sur la séance, se négociant autour de 738 $ US, signe que les investisseurs ont choisi d’acheter l’histoire. Dans un marché où on exige des preuves, Meta a réussi à livrer des chiffres solides et à maintenir une trajectoire crédible pour les prochains trimestres.

Sur la conférence téléphonique, la direction a mis l’accent sur une accélération en intelligence artificielle, mais sans en faire un discours abstrait. Le marché a surtout retenu que l’IA est déjà intégrée dans le cœur du modèle, notamment dans l’écosystème publicitaire. En effet, si l’IA améliore la pertinence, les conversions et la monétisation sur l’ensemble des plateformes, l’investissement devient plus facile à défendre, même si la facture grimpe. Cela n’efface pas les enjeux, dont les coûts persistants de Reality Labs, mais le message central demeure que l’activité publicitaire génère encore assez de performance et de flux de trésorerie pour financer la prochaine phase.

Là où le débat reste ouvert, c’est sur l’intensité du cycle d’investissement. Meta vise des dépenses d’investissement de 115 G$ à 135 G$ en 2026, après environ 72 G$ en 2025. C’est une marche importante, et ça remet automatiquement les marges au centre de la discussion. Le marché semble prêt à accepter des dépenses agressives, à condition que le retour soit visible et que la conversion en profits demeure crédible.

Pour les prochains trimestres, trois éléments vont compter. D’abord, la capacité de maintenir la croissance sans perdre le levier opérationnel. Ensuite, la preuve que les gains liés à l’IA continuent de se traduire dans les chiffres publicitaires, pas seulement dans les dépenses. Enfin, la discipline sur les coûts, parce que c’est là que la patience du marché finit toujours par se mesurer. Bref, ce trimestre a été un vote de confiance, non pas parce que Meta dépense moins, mais parce que le lien entre ces investissements et les résultats paraît, pour l’instant, mieux balisé.

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Jeudi

• S&P/TSX (Toronto) : 33 016,13 (-0,48 %)

• Dow Jones : 49 071,56 (+0,11 %)

• S&P 500 : 6 969,01 (-0,13 %)

• Nasdaq : 23 685,12 (-0,72 %)

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La séance de jeudi donnait l’image d’un marché encore solide sur le fond, mais beaucoup moins tolérant lorsque vient le temps d’évaluer l’exécution. Les mouvements ont été marqués tout au long de la journée, et la clôture près de l’équilibre du S&P 500 ne reflète pas l’intensité des ajustements de risque observés en séance.

Le principal déclencheur a été Microsoft. Le marché n’a pas remis en cause le trimestre comme tel, mais plutôt le cadre pour la suite. Le ralentissement de la croissance du nuage, combiné à une sensibilité accrue des marges dans un contexte d’investissements importants en intelligence artificielle, a refroidi l’enthousiasme. Dans l’environnement actuel, les investisseurs appliquent une lecture plus serrée : les dépenses sont acceptées, mais la trajectoire vers les flux de trésorerie et la rentabilité doit être claire et crédible. Quand un titre aussi lourd dans les indices est revalorisé à la baisse de façon aussi marquée, l’effet se propage rapidement à l’ensemble du marché.

C’est ce qui explique pourquoi la faiblesse ne s’est pas limitée à Microsoft. Le secteur des logiciels a reculé en bloc, traité comme un seul et même facteur de risque. Le repli a été suffisamment large pour que le principal FNB de logiciels bascule pratiquement en territoire de marché baissier sur le mouvement de la journée, ce qui confirme qu’il s’agissait d’une compression des multiples plutôt que d’un enjeu propre à une entreprise.

Deux autres éléments de contexte ont aussi pesé sur le sentiment.

• Fed : la Réserve fédérale a maintenu ses taux dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, comme prévu. Le message est clair pour les marchés : la politique monétaire ne constitue plus un moteur direct pour les actions. Le rendement passe désormais par la qualité des bénéfices et la discipline sur les marges.

• Washington : le risque de paralysie du gouvernement est revenu sur le radar à l’approche de l’échéance de financement de samedi à 0 h 01 (HE). Les marchés l’ont traité comme un facteur de volatilité à court terme, mais cet élément ajoute de la friction dans un contexte où le positionnement demeure concentré.

À l’extérieur des actions, le ton était plus contrasté. Le bitcoin a reculé de plus de 5 %, atteignant son plus bas niveau en près de deux mois, ce qui correspond à une réduction de l’exposition aux actifs plus risqués. À l’inverse, le pétrole a rapidement intégré une prime géopolitique.

Le mouvement sur le pétrole a été significatif. Les prix ont bondi de plus de 5 % au plus fort de la séance. Le Brent est passé au-dessus de 70 $ US et a touché environ 71,89 $, tandis que le WTI s’est approché de 66,48 $. Les tensions autour de l’Iran pèsent autant en raison du risque sur la production que de l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, un corridor clé pour les flux mondiaux de pétrole. Le mouvement a aussi été soutenu par certains enjeux d’offre, notamment des perturbations au Kazakhstan, des impacts temporaires liés à la météo aux États-Unis et un dollar américain un peu plus faible.

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Les titres en bref

• Microsoft (MSFT) : -9,99 % Réaction typique d’un « bon trimestre, mais une barre plus haute pour la suite ». La croissance du nuage et la trajectoire des marges ont dominé l’analyse, et le poids du titre en a fait un véritable événement de marché.

• ServiceNow (NOW) : environ -10 % Le titre a reculé malgré des résultats supérieurs aux attentes, confirmant que le secteur des logiciels se faisait « repricer » dans son ensemble.

• Salesforce (CRM) : environ -6 %/Oracle (ORCL) : environ -2 % La pression est restée forte sur les logiciels, les investisseurs réduisant leur exposition aux titres de plus longue durée et privilégiant une meilleure visibilité sur la conversion des bénéfices.

• Meta (META) : +10 % et plus Le contrepoids au sein de la mégacapitalisation technologique. Les résultats et les perspectives ont été jugés suffisamment solides pour maintenir la confiance, malgré des investissements soutenus en IA.

• Tesla (TSLA) : environ -3 % Réaction prudente. Le marché demeure exigeant en matière de profitabilité et de visibilité.

• Bitcoin : -5 % et plus (intrajournalier) Le recul confirme un appétit pour le risque plus mesuré.

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Performance sectorielle

• États-Unis (S&P 500)

La largeur du marché a mieux tenu que ne le suggère la performance de l’indice, mais le leadership est resté fragmenté. Forte divergence dans la mégacap techno, avec Microsoft en forte baisse et Meta en nette hausse. Les logiciels ont été le principal frein, sous l’effet de la compression des multiples.

• Canada (S&P/TSX)

Le TSX a terminé en baisse, dans le sillage du ton plus prudent observé à l’échelle mondiale. La fermeté des prix de l’énergie a offert un certain soutien en toile de fond, sans toutefois se traduire par un appui clair à l’indice pour la séance.

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Vendredi (en cours de séance)

• S&P 500 : en baisse d’environ 0,3 %

• Nasdaq : en recul d’environ 0,4 %

• Dow Jones : en baisse d’environ 175 points (-0,4 %)

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Analyse macroéconomique

Les marchés amorcent la séance de vendredi en territoire négatif, alors que les investisseurs jonglent avec plusieurs facteurs à la fois : une nouvelle vague de résultats trimestriels, des données d’inflation plus fermes que prévu et la nomination officielle de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine. Malgré ce recul en début de séance, le S&P 500 demeure en voie de terminer le mois de janvier en territoire positif.

Le dossier de la Fed est au cœur de l’attention ce matin. La nomination de Kevin Warsh est perçue comme un signal de stabilité sur le plan institutionnel. Les marchés y voient un candidat crédible et expérimenté, ce qui a contribué à calmer les inquiétudes entourant l’indépendance de la banque centrale. Même s’il pourrait se montrer plus ouvert à des baisses de taux à moyen terme, le message immédiat est celui de continuité et de discipline, plutôt que d’un changement brusque de cap.

Ce changement de perception a entraîné des répercussions claires sur les autres classes d’actifs. L’or et l’argent subissent une correction marquée, effaçant une partie importante de la prime de risque accumulée plus tôt cette semaine. L’or reculait de plus de 6 % en matinée, après avoir cédé jusqu’à 8 % en séance, tandis que l’argent chutait d’environ 14 %, après avoir touché des pertes supérieures à 17 %. Le mouvement reflète à la fois des prises de bénéfices et une baisse de la demande pour les actifs de protection liés aux craintes politiques et monétaires.

Les rendements obligataires ont pour leur part remonté à la suite de données sur les prix à la production plus élevés que prévu, ce qui exerce une pression additionnelle à court terme sur les actions, particulièrement les titres sensibles aux taux. L’indice de base des prix à la production a surpris à la hausse, rappelant que le processus de désinflation demeure irrégulier et que la Fed n’est pas pressée d’assouplir sa politique.

L’appétit pour le risque demeure sélectif. Les cryptomonnaies reculent également, dans un contexte de réduction des positions plus volatiles et plus concentrées. Du côté des actions, on observe surtout une rotation interne plutôt qu’un véritable désengagement, les investisseurs privilégiant de plus en plus la qualité des bénéfices, la visibilité sur les marges et la solidité des bilans.

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Les titres en bref

• Apple (AAPL) : En baisse d’environ 1 % — Le titre recule malgré des résultats solides, les investisseurs se montrant plus sensibles à l’évaluation et au positionnement après un bon parcours.

• Sandisk (SNDK) : +20% — Des prévisions très solides ont entraîné une réévaluation rapide du titre.

• Visa (V) : -1 % — Résultats robustes, mais les attentes étaient déjà élevées.

• KLA (KLAC) : -8 % — Des indications plus prudentes sur les marges ont pesé sur le titre.

• Exxon Mobil (XOM) : -2 % — Le titre recule malgré des résultats supérieurs aux attentes, dans un contexte de volatilité des matières premières.

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Conclusion

Cette semaine, le message du marché est resté cohérent et assez net : les investissements en intelligence artificielle demeurent acceptables, mais les attentes en matière d’exécution se sont clairement resserrées. Microsoft a livré des résultats solides, mais le titre a quand même reculé, les investisseurs ayant rapidement déplacé leur attention vers les enjeux à venir : la trajectoire d’Azure, l’ampleur des dépenses en IA, la pression sur les marges et la concentration autour d’OpenAI.

Meta a illustré l’autre versant du marché. Les dépenses sont tout aussi élevées, mais la réaction a été positive parce que la croissance des revenus demeure robuste et que l’IA semble déjà améliorer concrètement la monétisation du modèle publicitaire.

Sur le plan macroéconomique, la pause de la Fed a maintenu l’accent sur la qualité des résultats et la visibilité des bénéfices. La nomination de Kevin Warsh a aussi été perçue comme un signal rassurant quant à l’indépendance de la banque centrale. En toile de fond, le positionnement est resté prudent : repli marqué de l’or et de l’argent, et remontée des rendements après des données d’inflation plus fermes, et un appétit pour le risque qui demeure sélectif plutôt que généralisé.